Nom du blog :
mico Description du blog :
Mon Algérie d'hier et d'aujourd'hui Catégorie : Blog Voyage Date de création :
25.03.2007 Dernière mise à jour :
10.05.2008
C’est l’un des poètes algériens qui écrivent bien. Ses poèmes sont un long voyage littéraire, un interminable voyage.
Né le 24 février 1943, à El-Milia (Jijel), Youcef Sebti enseigne la sociologie rurale à l'Institut national agronomique. Après avoir enseigné la chimie à Skikda. Parmi ses livres déjà publiés on peut citer : L'enfer et la folie, poèmes édités chez les éditions SNED (Alger). Par le truchement de très beaux textes poétiques, Sebti sait parfaitement manipuler sa plume et investir les méandres de la personne humaine. C’est peut- être ça qui offre la force aux mots. , souvent vertigineux mais agréables. Des mots "Dans les gorges poussiéreuses tournoyaient des oiseaux.
Une mélodie mélancolique montait. Avec grâce
Ils planaient au-dessus des eaux, battant de temps à autre de leurs ailes.
Serpent emprisonné depuis des millénaires. Rummel !
Tu rampes pour t'échapper de ta cellule.
Noir, souillé, tu tentes de fuir en vain.
Jamais, Tu le sais, Tu ne sortiras de là.
Mais rapace, tu t'enfonces.
Vaincu, voudrais-tu cacher ta honte ?
Où te creuses-tu une tombe ?
Planète, notre planète, tu enroules sur tes hanches
La ceinture incommensurable des années,
Où vas-tu ? D'où viens-tu ? Vers où nous conduis-tu ?
Dans la sérénité qui se condense avec la fraîcheur le soir tire les rideaux en daim et dans quelques instants tout sera sombre.
Mais...
La nuit a déjà posé ses colonnes, le jour a replié ses ailes transparentes.
Pourquoi cette cadence ininterrompue ?
Vers quel horizon va-t-il furtivement ?
Feuille que les frissons du soir remuent, lambeau d'un habit qui se flétrit.
Pourquoi es-tu sur la chassée ?
Vers où vas-tu ?
Oued Eddous !
Tu te dores au soleil,
Tu n’es plus qu'un amas répugnant d'os, pourras-tu terminer ta longue traversée ?
Es-tu muet ? Es-tu mort ?
Tu regardes ces nuages culbutant au-deçà du Djurdjura. Où vont-ils ?
Oiseau ! Pourquoi ce refrain mélancolique ? L'air est limpide comme un bloc de glace et Je pleure l'été qui se retire, je songe à la vieillesse, à la mort. Qui me dévoreront bien avant le retour du printemps", écrit le poète. Ces passages bien ficelés sont d’une qualité littéraire indéniable. Ce que pensent d’autres créateurs de renommée de confirme le talent de Youcef Sebti. "L'Enfer et la Folie. C'est une sorte de journal de bord (septembre 1962 - octobre 1966) où sont consignés les souvenirs de la guerre et les désarrois d'une jeunesse. Le regard sur la guerre est loin d'être une rétrospective triomphaliste ou discursive ; au lieu du discours guerrier, c'est la poésie intransigeante et totale qui se tient aux détours imprévisibles de l'évènement pour faire feu de ses mots rouges. Cette œuvre magnifique, aux accents parfois rimbaldiens, est un recueil d'une grande densité où des poèmes éclatent sous l'afflux de la, brûlure et du cri. Poèmes d'impatience qui ne tolèrent ni le doute ni la retenue, qui brisent leur propre cadence pour rythmer ce monde à venir qui redonnera leur saveur aux choses et aux mots", écrit l’immense Tahar Djaout sur le fils de Jijel. Cet aveu est forcément une analyse profonde des écrits de Sebti. L’auteur de Chercheurs d’os sait parfaitement bien apprécier l’écriture bien élaborée ; lui-même fut un poète hors pair.
"Prière de trouver la clef de la misère qui un soir enferma ma mère
Dans une tombe froide.
Prière d'inscrire sur la porte de la prison
Mobile où je vis à chaque instant les raisons
De ma colère et de ma haine.
Prière de porter sur le registre
Des objets perdus mon père ce pauvre enragé
Tué pour une pincée de bonheur.
Veuillez avertir le poste de secours
Qu’un fantôme affole dans les cours
Les bonnes âmes de notre ville.
Messieurs les jurés, je vous dis Merde
Pour la jeunesse maudite Merde
Pour la condamnation sans recours", enchaîne l’universitaire. Ces mots si simples et si profonds nous invitent à un voyage au-delà de l’espace et du temps. Plusieurs années après leur écriture, les poèmes de Youcef Sebti demeurent intacts. Comme au premier jet ou il leur donna la vie. La poésie qui voit le jour lors d’une très forte inspiration ne peut guère perdre de son charme.
Si Lamine vient sur ce blog, qu'il sache que je suis heureux de rendre hommage à son frère
M. ZIANE-KHODJA : Comme d’habitude. Vous voilà aux « Poésiades » ?
YOUCEF SEBTI : Je crois qu’il y a là une tradition qu’il y a lieu de préserver. Le festival est à sa 4e édition, et c’est tout à fait intéressant de ne pas le laisser tomber. D’autant qu’il y a de la part de ses organisateurs (Association Culturelle « Soummam ») une volonté de faire que l’ « unité » et la « différence » s’y manifestent de façon tolérante et décontractée.
-Mais, enfin, ce festival a-t-il quelque chose de particulier ?
-Il s’est déroulé dans une situation un peu particulière (un mois après l’assassinat du président Boudiaf,NLDR), et c’est un peu là sa gageure. Comparativement à ce que j’ai vécu en 1989, il y a comme des politesses que l’on s’est faites cette fois-ci. En 1989, les frictions fraternellement poétiques étaient plus fréquentes. Peut-être que l’ambiance d’aujourd’hui a quelque chose à y voire.
-Et les activités ?
-Beaucoup de poèmes ont été lus. Surtout en kabyle, puis en français. Je ne sais pas si la qualité y est fortement présente, mais il est sûr qu’il y a une volonté de dire quelque chose. Des conférences ont été également données.
-La poésie d’une façon générale ?
-C’est l’ultime créneau que l’on peut atteindre dans la culture, et dans l’art. C’est ce qui vient en final d’un long processus d’ « unités » et de « différences ».
-La société, pourtant, est de moins en moins réceptive au message poétique ?
-Il doit y avoir un public de jeunes porté par toutes ses attentes non réalisées, la mal-vie. Ils y trouvent sans doute, en y accédant, quelques réponses à quelques difficultés d’être. Mais, enfin, l’édition de la poésie pose problème.
-En ce qui vous concerne, la poésie n’est pas votre seule préoccupation ?
-Quand on a plusieurs cordes à son arc, il y a de quoi vous enrichir. J’enseigne, par exemple, la sociologie rurale ; et j’ai comme un plaisir à découvrir –ici et là- ce qui est constitutif chez certains groupes sociaux, autres que le mien. La société rurale est en proie à sa part de crise actuelle. Quant au plan matériel, ses ressources posent problème. Restent alors ses réserves culturelles, par lesquelles elle se trouverait des ressorts moins rouillés. De la sorte, j’ai une propension à macérer continuellement dans le jus de la question culturelle.
-Qu’est-ce à dire ?
-Je crois que dans le chamboulement actuel, l’aspect culturel – je veux dire l’aspect savoir ou connaissance- a quelque chose de primordial sur le reste. En un certain sens, le regard que l’on a sur soi, a quelque chose d’assez déterminant. Qu’à cela ne tienne, il faut naviguer à vue, avec ce que l’on a. Et ce n’est jamais assez pour échapper aux bruits et à la fureur de la houle.
-Vous êtes qui ?
-J’enseigne la sociologie rurale à l’Institut National Agronomique d’El-Harrach. J’ai une formation en agronomie et en sociologie rurale. Je taquine ma muse, et je n’ai publié qu’un seul livre (de toute jeunesse, il est vrai !). Pour le reste, j’ai des articles autour de telle ou telle autre préoccupation qu’il me faudrait réunir. J’ai également sorti des nouvelles qu’il y aurait lieu de rassembler. Nous croyions que la libéralisation allait permettre beaucoup de choses. Mais, ce sont ceux qui ont tiré profit de l’ancien système qui s’en sortiront dans le prochain.
Mohamed ZIANE-KHODJA
*Article paru dans
- DISENSO, revue canarienne d’analyse et d’opinion, février 1996.
- ASMA, revue Ayda Toulouse, septembre 1996.
- POESIA, revue de poésie et de théorie poétique de l’Université de Carabobo –Venezuela, septembre 1998.
- LE JEUNE INDÉPENDANT, quotidien national d’information – Algérie, février 1999.
Hommage à un enfant d'El Milia disparu tragiquement
On le dit souvent –même après sa mort- versatile, déconcertant, insaisissable, qu’il manquait d’engagement. Mais ne voilà-t-il pas qu’on lui reconnaît par-là même, dans le sens où il était indomptable, une certaine liberté d’esprit ? Youcef Sebti, poète quand même frondeur, et partant provocateur, aimait aller en amont des « idées reçues » . C’est aussi celui qu’on avait applaudi à tout rompre, en juillet 1989 à Béjaïa, lors des premières « Poésiades », après sa brillante intervention sur la politique des langues étrangères en Algérie. D’autant plus que c’était une période de débats passionnés et délibérément entretenus par les arrières gardistes du système, se sentant compromis avec l’avènement d’un semblant d’ouverture, après les émeutes d’octobre 1988, autour de la arabisation sur un fond purement démagogique. N’empêche que, trois ans plus tard, il qualifia ceux qui écrivent en français de « masochistes » (lui-même écrivait aussi dans cette langue).
Cela va sans dire la mésintelligence, sur le plan intellectuel s’entend, qui en est résultée entre lui et ses confrères de la plume. Décidément, il n’arrêtait pas, à chacune de ses conférences ou interviews, et en parfait dialecticien, de monter d’un cran dans la subtilité de sa vision des choses. Subjuguant ou décevant son auditoire, il lui aura, en tout cas, dit le fond de sa pensée en toute honnêteté. C’est ainsi qu’il déclara durant les quatrième « Poésiades », dans sa communication « L’esthétique coloniale » : « Il faudra bien s’interroger pour savoir pourquoi nous continuons à mettre le soleil dans nos poèmes, et un peu comme à la manière de l’écriture coloniale ? ». Conscient de la portée du thème, il n’avait pas tari d’arguments pour étayer son développement.
Symbolisant cette source de lumières éblouissantes, dans un ciel bleu, et qui darde ses rayons, il se référa aussi à un célèbre peintre qui visita l’Algérie en 1858 qu’à sa propre expérience en Hollande, dans les années 1970. Cela fit tellement l’effet d’une provocation envers tout le monde (vous voudrez bien m’excuser de ne pas citer de noms, pour des raisons évidentes), que la controverse tourna vite en bataille, mais dans la tolérance et la noblesse d’esprit. Tahar Djaout (1), par exemple, qui n’était pas du tout de son avis, me dira en aparté : « Mais il sait se défendre ! »
Le jour d’après, où j’eus l’occasion d’animer un récital, j’interrompis à un moment donné le programme pour inviter successivement Sebti, Djaout et un autre poète, à me rejoindre sur scène. Là Youcef Sebti, plus surprenant que jamais, se saisit du microphone pour prier Tahar Djaout de reprendre le poème qu’il venait de lire, mais cette fois-ci en berbère. Tahar était à la mesure du défi, bien sûr. Quelle belle confrontation !
Il fallait connaître également l’homme qu’il était, pour l’apprécier à sa juste valeur. Et j’ai eu justement cette aubaine de l’avoir côtoyé durant ses « cures de poésie » à Béjaïa. Je le trouvais communicatif, perspicace et plein de naturel à la fois. Un soir de juillet 1992, alors que je luis posai une question : « comment trouvait-il la ville, par rapport au reste du pays déjà commotionné par le terrorisme intégriste », il me répondit avec humour : « C’est une ville humaine ! » Djaout, qui était avec lui, ne put s’empêcher de sourire. Puis, en dînant ensemble, ce fut une discussion à bâton rompu, sur un peu de tout. En parlant de structures sociales et traditionnelles de la Kabylie, il me conseilla de lire aussi la sociologie rurale algérienne, qui est du reste son domaine.
Si Youcef Sebti nous paraissait pugnace, tenace, abscons ou fluctuant dans ses idées, tant elles étaient parfois contradictoires, et que rien au monde ne semblait pouvoir l’en faire démordre, il était néanmoins réceptif à la suggestion. Il parlait aussi de « l’unité et la différence » qui doivent se manifester, ou de croire en un idéal possible. D’autre part, n’était-il pas l’auteur d’un seul recueil de poèmes, « L’Enfer et la Folie » édité en 1981, et dont il précisait à chaque fois : « de première jeunesse » (écrit entre 1963 et 1966) ? Il avait comme un goût délicat de soi-même. Aussi « excentrique » fut-il à nos yeux, il avait le mérite d’avoir toujours su provoquer en nous de profonds questionnements. C’est surtout cela un esprit libre et indépendant, quitte à s’attirer l’incompréhension du public, et partant la médisance acerbe de ses détracteurs. Dès lors, il doit être lavé de toute imputation gratuite. Tout le reste est littérature. Et puis, quelqu’un osera-t-il lui nier ses qualités intellectuelles et morales ? Ses assassins, eux, n’ont pas hésité un seul instant : ils l’avait vite repéré et porté sur la liste noire, comme celle des « irrécupérables » du IIIe Reich.
Sa position politique ? En tout cas, nous nous souvenons tous de sa longue lettre, parue dans « Alger-Républicain » (un journal réputé pour sa ligne anti-intégriste. Était-ce alors un hasard ? Certainement pas : mais bien un choix !), en vibrant hommage au président Boudiaf qu’on venait d’abattre dans le dos.
Enfin, la dernière fois que je devais le voir c’était à Béjaïa, fin juillet 1992. Nous étions convenus de prendre le même train qui partait pour Alger. Il y avait également un autre poète ( j’espère qu’il est toujours en vie), avec qui j’ai partagé la chambre d’hôtel pour nous réveiller ensemble. C’est ainsi que je pus lui « arracher » ces propos (l’interview qui suit). Car très connu pour ses boutades, il ne voulait pas être enregistrer. Mais il accepta quand même la prise de notes. Aujourd’hui encore, quand cela me revient à l’esprit, je me surprends à rire, puis à m’attrister. Sacré Youcef ! Ils ont eu raison de toi, alors que tu avais la tête pleine à craquer d’espoir !
Socrate, accusé de ne pas croire aux dieu de la ville et de « corrompre » la jeunesse, fut condamné à boire la ciguë.
Ses amis lui avait savamment organisé une évasion, mais il refusa gentiment l’offre, jugeant cela contre ses principes. À court d’arguments pour descendre sur le terrain noble des idées, ils ont décidé de sabrer tous ceux qui font preuve d’intelligence. Seulement, ce qu’ils semblent ne pas comprendre, c’est que l’Algérie appartient à « la famille qui avance ». Elle s’écrit avec votre sang, notre sang.
(1)Tahar Djaout (poète, écrivain et journaliste algérien, de renom) était assassiné aussi, un 26 mai 1993
J'ai trouvé sur le site d'un appelé du contingent durant la guerre d'algérie un texte parlant de sa rencontre à Ouled Asker avec quelqu'un qui a été une figure du village et du CEM Emir Abdelkader en particulier, Abdelaziz Lebsir
"............. Et ces braves gens, en majorité des vieux, c’est-à-dire des plus de 35 ans, approuvent ou… font semblant d'approuver.
À plusieurs reprises, Baraka Jim appelle l’assemblée à crier "Vive la France !" et tous les assistants reprennent l’antienne en chœur. Combien sont sincères ? J’assiste à la scène d'un peu loin, en compagnie de l’instituteur qui exerce encore dans l’école de Dardara. C’est un Algérien d’une trentaine d’années dont j’apprendrai le nom beaucoup plus tard, en lisant l’ouvrage de Pierre-Alban Thomas : Abdelaziz Lebsir. Le lieutenant Trallat le tient en suspicion mais le capitaine Thomas, ancien instituteur lui-même et responsable du secteur, l’estime beaucoup. Nous engageons la conversation et mes modestes fonctions dans l’enseignement lui donnent confiance. Il me parle des gens qui sont là et attire mon attention sur leur extrême pauvreté :
- Savez-vous que la plupart des hommes ici présents n’ont jamais vu - je ne dis pas "possédé" mais "vu" - un billet de 5.000 francs ?"
L’Office national du tourisme (ONT) vient d’éditer Algérie. Guide touristique, un guide qui recense les curiosités et les sites touristiques des 48 wilayas du pays. Cette dernière publication de l’ONT est une véritable source d'informations, accompagnée de photographies et consacrée, selon son édito, à “la promotion de la maison Algérie”. Pari tenu.
Dans un style sobre et clair, Algérie. Guide touristique délivre une quantité d’informations fiables : sites à visiter, bref aperçu historique, us et coutumes des régions, hébergement, moyens de transport, numéros utiles de téléphone…
Facile d’utilisation, il se présente avec un sommaire en couleur pour se retrouver rapidement : les régions côtières sont en bleu, les wilayas de l’intérieur en vert et les régions du Grand-Sud en jaune.
Seul bémol, le guide ne référence pas les restaurants, et au niveau de l’hébergement, les auberges de jeunesse, dont certaines à travers le territoire offrent des conditions d’accueil très satisfaisantes et qui sont sans nul doute plus à la portée des bourses étudiantes et moyennes.
Espérons que la prochaine édition palliera la lacune !
Algérie. Guide touristique ;
msl design, Janvier 2008,
236 pages (www.ont-dz.org).